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Publié le par jean-paul Revauger

Capes et master. Janvier 2009.

 

 

Les projets actuels  posent de réels problèmes.

 

Le principe de la mastérisation de la formation .

 

Une des bizarreries du système actuel est de mélanger diplôme et concours de recrutement. C’est le cas pour l’agrégation, de façon  éclatante, et aussi pour le capes. Ces concours sont en effet réputés garantir un niveau disciplinaire que les diplômes ne garantissent pas, du moins dans les disciplines de SHS. Peut être y a-t-il un problème avec nos diplômes, si nous sommes contraints de recourir aux concours pour recruter les meilleurs (par exemple pour confier à un candidat un poste dans l’Enseignement Supérieur) ?  En anglais, bien des universités n’évaluent  pratiquement pas l’oral, que ce soit en Licence ou en Master  et, l’année en pays anglophone n’étant pas obligatoire, des étudiants par  se retrouvent parfois au plus haut niveau sans avoir une maîtrise satisfaisante de l’oral.

Les concours ont au moins le mérite de classer les candidats, et, en gros, de sélectionner les meilleurs.

La mastérisation implique que la formation des futurs enseignants du secondaire prendra à la fois la forme d’un concours et celle d’un diplôme, ce qui inscrit dans le marbre l’ambiguité actuelle.

Si le ministre voulait changer la forme des concours, il pouvait très bien le faire sans la mastérisation. Quelle est doc son utilité ?

 

Et les reçus/collés ?  Vers la précarité généralisée.

 

La « masterisation » fait craindre que le concours ne soit plus le seul mode de recrutement pour l’éducation nationale. En effet, certains obtiendront le master « capes », mais pas le concours. Quelle voie leur sera ouverte ? Seront-ils recrutés pour enseigner, avec un statut précaire, des salaires faibles et des perspectives de carrière médiocres, en tant que contractuels ?  La pression idéologique du néo libéralisme chez nos dirigeants passés et actuels  est telle  qu’on peut le craindre.  Il faudrait donc que les directives régissant le master capes soient assez claires, pour qu’un étudiant titulaire de ce master ait les mêmes perspectives que celui de n’importe quel titulaire d’un master disciplinaire, et qu’il puisse faire une autre carrière que celle de l’enseignement, en ayant un vrai diplôme de master disciplinaire. Ceci impliquerait que le contenu du master capes comprenne une proportion très importante de formation disciplinaire, et pas uniquement des choses liées à l’éducation.  Dans le monde actuel, seules les compétences garantissent l’accès à une carrière, et la valeur d’un master éducation sans contenu disciplinaire serait proche de zéro sur le marché du travail, en dehors de l’éducation.

 

Discipline et formation professionnelle.

 

La question du rapport formation disciplinaire/formation professionnelle est donc cruciale. Certes la formation professionnelle est indispensable, car le métier n’est pas facile, et nécessite à la fois des compétences et un travail sur soi souvent assez long. Mais un diplôme purement tournée vers l’enseignement, dans lequel la partie disciplinaire serait réduite à la portion congrue, n’aurait aucune valeur sur le marché du travail. La formation professionnelle ne peut pas s’enseigner in abstracto, et ne peut intervenir qu’en parallèle avec l’exercice du métier. Il est indispensable que les jeunes enseignants aient un service allégé la première année, à la fois pour leur permettre de préparer leurs cours, pour réduire les risques au cas où ils ne pourraient pas faire face, et pour leur permettre de réfléchir à leur propre pratique, sous la houlette de didacticiens chevronnés. Les discours théoriques et généraux sont inutiles, voire nocifs. Il est peu utile de commencer la formation professionnelle avant même que le jeune enseignant ait commencé  à pratiquer, à l’exception de quelques stages, car les discours théoriques ne servent absolument à rien.

 

Stages : la carotte, mais pour combien de lapins ?

 

Surpris par la vigueur des réactions le Ministère a, le 15 janvier 2009, modifié son projet en l’aggravant, du point de vue du rapport formation professionnelle/formation disciplinaire, mais en l’assortissant de promesses destinées à prévenir une réaction des étudiants.  En effet, il a promis d’augmenter de façon significative le nombre de bourses, et d’organiser des stages rémunérés, à hauteur de 3000 euros maximum, pendant le M2, qui n’aurait plus aucun contenu disciplinaire, y compris dans le mémoire. Comme Thatcher en son temps, le gouvernement actuel sait trouver de l’argent quand il le veut. Le corolaire de l’organisation de stages rémunérés est évidemment la sélection à l’entrée en master. Des stages ne s’improvisent pas, et le nombre de place sera limité : impossible, techniquement, d’accepter en master plus d’étudiants qu’il n’y aura de places. Sachant le peu d’enthousiasme des enseignants du secondaire pour recevoir et encadrer des stagiaires et la modicité de leur rémunération pour ce travail supplémentaire, le nombre de stage sera très inférieur à celui des étudiants préparant actuellement le capes. Cette « régulation des flux » se fera donc sans aucun doute en limitant l’entrée en master 1, ce qui est pour le moins en contradiction avec la culture universitaire.

 Si sélection il devait y avoir, elle devrait à mon avis  intervenir bien en amont, sous la forme d’une orientation, et s’accompagner des moyens de proposer un vrai parcours à tout le monde . . La sélection à l’entrée en master éducation n’est pas acceptable.  Il est essentiel de laisser à tout  candidat au Capes sa chance, et de permettre au titulaire d’un master disciplinaire de passer le Capes, même s’il n’est pas passé par la case « master éducation ».

La formation professionnelle doit, pour l’essentiel doit avoir lieu sur le terrain, après le concours, pendant la ou les premières années d’exercice. .

 

 

 

La connaissance du système éducatif.

 

Le nouveau Capes comprendrait une épreuve, dotée du coefficient 3,   alors que les deux épreuves disciplinaires auront en tout le coefficient 4, et la didactique le coefficient 3. Ceci est de toute évidence excessif. . Certes, il est nécessaire qu’un enseignant connaisse le système éducatif comme il est nécessaire qu’un postier connaisse la poste. Le plus important, dans cette épreuve, est le souhait –louable- de recruter des enseignants conscients du rôle stratégique de l’éducation nationale d’un point de vue civique. La formation des jeunes, en particulier dans un contexte social difficile, joue un rôle de premier plan dans la cohésion de la communauté nationale. Le rôle du système éducatif est absolument crucial dans l’élévation des qualifications  de tous, indispensable dans le monde actuel, dans la mise en place de procédures justes et légitimes de promotion sociale , et dans l’intégration de populations  unies dans leur désir de participer à la vie de la nation, mais ayant des héritages culturels différents. Dans bien des quartiers, les institutions républicaines  se résument à la CAF, au Commissariat de police, et à l’école ou au collège.

Il est donc souhaitable que les enseignants ne soient pas seulement motivés « par la gamelle », comme on le disait de certains militaires, mais soient prêts à assumer leur mission civique.  Dans le  passé, les Ecoles Normales assuraient cette formation des « hussards noirs », autour de la notion clé de laïcité. Aujourd’hui, les IUFM ne le font pas, ou très peu. Les discours théoriques proposés aux stagiaires sont inadaptés, coupés des réalités,  en particulier parce que la République n’assume plus  ses responsabilités et parce que les forces politiques conservatrices n’ont aucune envie de reconnaitre le rôle des enseignants dans le pacte républicain.

Il importe que les concours soient irréprochables d’un point de vue politique, et d’une neutralité totale. Evaluer le degré d’engagement républicain des enseignants n’est pas compatible avec le principe de neutralité. En revanche, dans le cadre de la formation professionnelle postérieure au concours, les enseignants doivent être informés et formés pour aborder des questions comme l’intégration, les moyens de réduire les injustices sociales, les droits et les devoirs des mineurs, la lutte contre les discriminations.  Au-delà de la formation, le système  éducatif devrait encourager, dans les établissements et autour d’eux, la participation des enseignants  à des actions sociales ou civiques. Voila une problématique qui ne ravit probablement pas les forces conservatrices qui dirigent notre pays.

 

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