loi sur l'autonomie

Publié le par jean-paul Revauger

La loi sur l’autonomie, une bonne loi ?

 

 

 

  1. Question de procédure : le mouvement est il conforme aux principes de la démocratie, ou les remet il en cause ?

 

La question de la légitimité du mouvement est parfois posée, dans la mesure où la loi LRU a été régulièrement adoptée par les Assemblées, et où les élections avaient donné une claire majorité à la Droite.

Notre pays a du mal à faire une distinction entre régulation sociale et régulation politique, contrairement à d’autres. Nul ne conteste le résultat des élections présidentielles ou législatives. La question qui se pose est de savoir si le Président de la République et ses partisans ont obtenu un mandat leur donnant les pleins pouvoirs du point de vue social. La réponse est négative. Ils ont obtenu un mandat pour négocier, et pour occuper le siège du gouvernement dans les négociations. Cela ne les dispense pas de respecter les règles d’une négociation, qui imposent d’une part d’écouter toutes les parties, mais aussi de tenir compte des positions des uns et des autres et de couper la poire en deux, tout l’art consistant à circonscrire le pédoncule.  Il en va de la LRU comme des retraites, et de tous les sujets sociaux.

Or, comme lors du CPE, adopté très régulièrement, grâce à une procédure, le 49.3, certes expéditive mais constitutionnelle, la LRU a donné lieu  à une concertation … qui a duré une semaine, ce qui est ridicule. Enfin, elle  a été votée à la sauvette, le 11 août, alors que les universités étaient  fermées.

Pis encore, les  assurances données à un syndicat étudiant sur les aides sociales et le logement, pour éviter son opposition, ont été immédiatement oubliées.   Enfin, la ministre a discuté uniquement  avec les Présidents,  (la Conférence des Présidents d’Universités) qui ne sont que l’un des acteurs du  système parmi d’autres : les Conseils d’administration, les syndicats, le Cneser sont ignorés. . Il y a bien un marché de dupes, et une absence totale de négociation.

 

Remettre en cause la LRU, comme le CPE il y a deux ans,  revient donc simplement à dire qu’une réforme aussi indispensable et importante que celle des Universités ne peut se régler en quelques jours, et nécessite une vraie négociation.

 

Bloquer les universités est une modalité  traditionnelle du mouvement étudiant. Dans la mesure où il n’y a pas de voies de fait ni de dégradations, cette pratique n’appelle pas de commentaires négatifs. Les personnels ont leurs propres modes d’action (ou d’inaction), distincts de ceux des étudiants, même si les objectifs sont les mêmes. Les institutions, par la voix de leurs présidents et de leurs conseils, peuvent (pourraient, auraient pu ?)également faire connaitre leur position et apporter une contribution utile  au débat .

En tout cas, il n’y a strictement rien d’anti républicain dans le mouvement de contestation de la LRU. Cela fait des siècles que les étudiants français contestent.

Enfin , on peut rappeler que, dans d’autres circonstances, lorsqu’il s’agissait de défendre le statu quo dans l’enseignement privé et d’empêcher Alain Savary de légiférer, les partis de droite et d’extrême droite n’ ont pas hésité à faire appel à la rue.

 

 

2. Faut il réformer l’enseignement supérieur ? La réponse est oui, pour plusieurs raisons.

Une raison sociale, tout d’abord.

Une des missions premières de l’enseignement supérieur est de permettre la mobilité sociale. Or, le système ne remplit plus ce rôle. L’inégalité de traitement entre les filières qui reproduisent et forment les élites politiques, commerciales  et scientifiques, classes préparatoires et « grandes écoles » d’une part  et, de l’autre,  filières universitaires, destinées au reste de la population, est devenue absolument considérable. Le fossé entre les financements publics de ces deux facettes du système ne fait qu’aggraver celui qui sépare au départ les milieux sociaux concernés, alors que ce devrait être l’inverse. Alors que, dans le secondaire, on aide les ZEP plus que les beaux quartiers, on fait l’inverse dans le supérieur. L’adage qu’ « on ne prête qu’aux riches » n’a jamais été aussi vrai. 

Dans un monde de flexibilité, le cadre national et européen des diplômes est indispensable.  Il faut que tous les diplômes d’Europe, au niveau licence, aient en gros la même valeur, et soient reconnus comme tels. L’harmonisation, et une régulation au moins nationale,  sont indispensables, si on veut que le marché du travail reconnaisse les diplômes. L’université doit être un lieu de sécurisation des parcours, dans lequel les étudiants investissent dans leur propre avenir avec enthousiasme, et non un lieu anxiogène comme aujourd’hui.

Une raison pédagogique ensuite.

L’échec en première année atteint parfois 70%. Si on considère que tout bachelier doit avoir une place à l’université, ce qui semble être  l’option choisie, alors il faut adapter notre offre, non pas en abaissant le niveau et en faisant de la démagogie, mais en diversifiant les parcours, dès la première année. Il faut exiger et obtenir de tous les étudiants le maximum de travail et d’implication dans leurs études, en évitant de les loger tous à la même enseigne. Ceci pourrait impliquer la création de filières « dures » dans les universités, en y intégrant les prépas et/ou en créant des parcours plus ardus que d’autres.

Cela a un  coût supérieur à celui du système actuel.

Une raison scientifique enfin.

La recherche, et la formation à la recherche qui en est indissociable, nécessitent l’existence d’une dynamique  dans laquelle l’excellence est reconnue, l’innovation encouragée, et où s’établit un juste équilibre entre l’exploitation des acquis des disciplines et la découverte. Cela nécessite à la fois des moyens, et un système conciliant la sécurité et l’incitation à l’audace. Nos labos sont moroses et délabrés, car tout le monde est désorienté par une politique alliant la réduction des budgets de fonctionnement courant et du nombre de postes, à une distribution aléatoire des subsides sur la base d’appels d’offres dont on ne sait pas s’ils seront reconduits d’année en année. Les jeunes chercheurs quittent le pays, ou se reconvertissent.

 

  1. La LRU répond elle à ces besoins, ou va-t-elle dans la bonne direction ?

La réponse est non.

 

La question fondamentale de l’inégalité entre les deux secteurs de l’enseignement supérieur, grandes écoles et universités, n’est pas le moins du monde abordée par la loi.

 

Le principe de l’autonomie financière, qui est un objectif de la loi, est particulièrement dangereux. Nos universités n’ont pas de patrimoine, ne touchent pas de frais d’inscriptions et ne pourront jamais signer assez de contrats de recherche ou de formation continue pour assurer l’ordinaire. Un désengagement de l’Etat, objectif réel de nos gouvernants,  serait donc catastrophique, et notre autonomie serait celle du clochard sous ses cartons. Si le gouvernement voulait  rendre inévitable l’augmentation des frais d’inscription, il ne s’y prendrait pas autrement.

 S’il s’agit simplement de singer le fonctionnement concurrentiel du secteur privé, et de prétendre jouir d’une autonomie avec l’argent du contribuable, comme Madame Thatcher et Monsieur Major ont pu le faire avec le National Health Service en GB pendant un temps, c’est à la fois dérisoire et très difficile à gérer. Le contrôle de nos activités soi disant autonomes se révèlera extrêmement tatillon et en fait s’exercera de façon encore plus précise qu’aujourd’hui. La nouvelle loi organique sur les finances nous engage d’ailleurs dans cette voie. Nous sommes un service public, et devons le rester. L’ensemble du territoire doit rester couvert, et quand il faut planifier des investissements lourds, cela doit être fait au niveau national, voire européen.

 

La LRU prévoit un renforcement considérable des pouvoirs des présidents, pour une raison purement idéologique. La collégialité, l’idée d’associer personnels non enseignants, enseignants et étudiants à la gestion est perçue comme un héritage de Mai 68. Aujourd’hui, cette collégialité est insuffisante, essoufflée, et gagnerait à être développée et

institutionnalisée. Au contraire, la LRU la supprime, et fait des Présidents d’université des chefs d’entreprise, des monarques élus, à l’image de la présidentialisation de notre système politique. Recrutement du personnel, choix politiques sur le statut du  personnel, attribution de primes (y compris dans le domaine scientifique !) seraient confiés aux présidents. L’objectif est bien d’amener ces présidents, qui ne sont jamais que des universitaires à qui on confie momentanément la présidence, mais qui ont parfois tendance à l’oublier, à se comporter selon une logique managériale et technocratique. La globalisation des budgets des universités, qui est en marche, permettra demain de  choisir les secteurs et les catégories à sacrifier … de façon à privilégier quelques opérations à forte valeur ajoutée du point de vue de la communication. Cette présidentialisation du régime explique la regrettable timidité des analyses de la Conférence des Présidents d’Université, et de ses critiques, tant il est vrai que l’habit fait le moine.

 

Qui travaillera demain à l’Université ? La tendance actuelle, qui consiste à recourir aux contractuels, tant pour le personnel administratif qu’enseignant, ne pourra que s’aggraver. Or, pour une université,  comme pour un hôpital ou tout autre service  ou entreprise sensible,  il est indispensable d’obtenir de tous les membres de la communauté un engagement total dans le métier et une disponibilité d’esprit incompatibles avec la précarité et l’inquiétude. Le statut de la fonction publique n’est pas une muraille protégeant un quarteron de privilégiés. Il était conçu, à la Libération, comme la matrice des contrats de travail à venir, comme un modèle à reproduire dans le secteur privé. Il faut, au lieu de précariser les jeunes collègues et les administratifs, leur offrir de bonnes raisons de s’investir et de donner le meilleur d’eux-mêmes, en termes de salaire, de stabilité et de progression de carrière.

 

 

 

En conclusion, nous devons faire face à des défis nombreux. Parmi les questions d’ordre pédagogique, la question de la place respective des formations professionnalisées et des formations disciplinaires fondamentales n’est pas simple. Une université doit tenir les deux bouts de la chaine, et offrir des parcours de qualité, débouchant sur des compétences et des qualifications réelles, dans un contexte d’enseignement de masse, et avec un budget dont on peut espérer l’augmentation mais qui ne sera jamais illimité. L’équation est plus facile à poser qu’à résoudre. Nos gouvernants nous parlent souvent de la concurrence internationale, et des fameux critères de Shanghaï, qui permettent d’établir un « classement » des universités sur le plan mondial. Nous devons certes nous soucier de rester « au niveau » sur le plan mondial. Cela dit, les critères de Shanghaï correspondent à une vision des choses très particulière, et sont très critiquables, car ils favorisent les énormes universités, et la course aux citations dans les revues prestigieuses, sans se soucier, par exemple, du taux d’accès à l’enseignement supérieur dans un pays, ou de la liberté intellectuelle des étudiants et des enseignants. Si ce qui nous est recommandé est simplement de regrouper administrativement nos universités pour que la masse des doctorants et des publications soit plus impressionnante, et pour « faire gros », alors l’intérêt de la chose est très limité, car il ne s’agit que d’affichage, de nous présenter de façon plus attrayante, et pas du tout de changer les choses sur le fond.  Si en revanche on veut mobiliser la communauté universitaire pour améliorer nos performances qualitativement et quantitativement, alors une autre politique est possible et nécessaire. Il nous faut reprendre le dossier bâclé par ce gouvernement, et travailler, en toute collégialité, à un projet de réforme profonde de l’enseignement supérieur.

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