Mouvement social retraites.

Publié le par jean-paul Revauger

Mouvement social retraites. Quelques réflexions.

 

 

  1. Le problème de fond
  2. Le problème de la négociation sociale.
  3. Et la suite ?

 

 

  1. Le problème de fond.

Il est évident que, de toutes les options possibles le gouvernement a choisi celle qui était le plus injuste socialement. En effet, l’allongement presque uniforme de la durée de cotisation pour tous pénalise en premier lieu les citoyens effectuant les travaux les plus pénibles. Les dirigeants ou les quelques détenteurs de postes enviés prennent tous leur retraite le plus tard possible, 65, 68, voire plus, et ne sont pas affectés par la réforme. L’espérance de vie des travailleurs manuels étant nettement plus faible que celle des cadres, leurs chances de vivre quelques années de retraite en bonne santé s’amenuisent de façon considérable s’ils sont amenés à partir à 65 voire 67 ans. Par ailleurs, du fait de la montée de la flexibilité et de la précarité , de nombreux travailleurs perdent leur emploi après la cinquantaine,  et ont de très faibles chances de retrouver un emploi stable. Le report de l’âge de la retraite signifie tout d’abord que leurs indemnités chômage vont devoir être payées jusqu’à ce qu’ils aient épuisé leurs droits, ce qui grèvera d’autant le budget du système d’indemnisation du chômage. Une fois les droits épuisés, ces personnes, en attendant 62 ans, ne percevront que les minima sociaux, qui ne permettent pas une vie décente. Enfin, la concurrence entre chômeurs âgés et jeunes entrant sur le marché du travail pèsera sur les salaires, et sur le nombre d’emplois disponibles.

Les autres systèmes ?

Le système par capitalisation ne séduit plus personne depuis la crise financière de 2008. Placer ses économies à la bourse relève d’un acte de foi, et n’est pas sérieusement envisagé.

Quelles autres pistes ?

Il est clair que l’augmentation des ressources doit être envisagée. L’économie d’un pays peut absorber des contraintes, en particulier lorsqu’elles sont programmées. Des sommes colossales ont été mobilisées pour sauver les banques après 2008, ce qui démontre que le système possède des ressources importantes. Depuis 2009, les gouvernements européens, dont celui de la France, ont choisi une politique économique réactionnaire, donnant la priorité à la lutte contre l’inflation et les déficits publics eu détriment de la croissance et de l’emploi. Nous sommes revenus au début du siècle, lorsque certains gouvernements comme celui de la GB cherchaient à rétablir l’étalon or, de façon à garantir l’épargne et rassurer les investisseurs, au détriment de l’emploi et des conditions de vie. Il faut revenir à Keynes et enterrer l’Ecole de Chicago, que plus personne ne suit aux USA !

L’augmentation des cotisations patronales et salariales est possible si nous retrouvons le chemin de la croissance, et si des politiques fiscales redistributives prennent le pas sur les pratiques actuelles, totalement biaisées en faveur des possédants.

 

Parmi les pistes, le retour à la retraite à 60 ans, assortie d’un nombre d’années de cotisations correspondant à une entrée dans la vie active à 18 ans, (prôné  par le PS) ne serait acceptable qu’à condition que les années d’études et de formation puissent être réellement prises en compte, selon des modalités accessibles . Aujourd’hui, par exemple, le montant du rachat des années d’études pour les jeunes fonctionnaires est absolument prohibitif.  Cette modulation est parfaitement possible, pour prendre ne compte la pénibilité. Elle est d’ailleurs en œuvre dans les DOM pour tous les fonctionnaires.

 

  1. La négociation sociale.

 

La réforme actuelle, même si elle est adoptée suivant des procédures constitutionnelles légales, a une légitimité extrêmement faible. Elle n’a fait l’objet d’aucune négociation avec le monde du travail, que celui-ci soit représenté par les syndicats ou par les partis politiques qui lui sont associés. Sur un sujet éminemment social, ceci n’est pas acceptable. Nous sommes en présence d’un coup d’Etat  constitutionnel de la part d’une équipe absolument incapable du moindre compromis. Si une comparaison doit être faite avec nos voisins européens, c’est dans ce domaine qu’elle est la plus pertinente. La précédente réforme avait donné lieu à des négociations qui, sans donner satisfaction à la totalité des forces syndicales, avaient néanmoins constitué un embryon de procédure et de dialogue.

La légitimité politique et constitutionnelle du Président et du gouvernement n’est pas discutée, mais il est clair que les procédures normales de régulation sociale sont mises à mal. La situation politique, le désir de revanche ont donné à l’équipe en place le sentiment qu’il était indispensable de s’affranchir de toute retenue dans son rapport avec le monde du travail et la jeunesse. La réforme des universités et de la formation des enseignants a été un exemple de cela.  La seconde en particulier a été préparée dans la précipitation, et de l’avis de tous, y compris les syndicats idéologiquement classés à droite, est techniquement incohérente, et vouée à l’échec à très brève échéance. Néanmoins, le pouvoir n’a pas hésité à provoquer une crise de plusieurs mois avec les universités, au risque de mettre ces dernières à genoux, ayant fait le calcul qu’un sujet aussi technique ne pouvait pas faire déborder le conflit en dehors des facs. La volonté  de nuire et de régler des comptes a donc pris le pas sur la bonne gestion.

 

 3 Et la suite ?

 

L’adoption du projet gouvernemental ouvrirait une période de tension sociale et d’incertitude politique particulièrement dangereuse. Le sentiment de déclassement de la plupart des salariés et des jeunes du pays serait encore renforcé. Le ressentiment social, qui enfle tous les jours pourrait déboucher sur toutes les aventures. Obtenir le retrait du projet actuel et l’ouverture de négociations sociales globales est non seulement souhaitable, c’est un impératif social et civique. Notre pays a une caractéristique, qui est de ne négocier qu’après une période de crise. Nous n’aurons pas de négociation sans crise.

Les salariés ne peuvent sans doute pas faire une grève de longue durée, du fait de l’inexistence de caisses de grèves. C’est pourquoi le mouvement prend aussi la forme de manifestations importantes le samedi, et de blocage des centres  névralgiques. Ceci va probablement s’amplifier,  avec blocage des transports, voire des sièges sociaux etc. Les universités sont un peu tétanisées par l’échec du mouvement de 2009 sur la formation des maîtres, et hésitent peut être à entrer dans le mouvement. Pourtant, la légitimité du mouvement actuel ne fait aucun doute.

 

Octobre 2010.

 

 

 

 

 

Commenter cet article