crise avril 2009

Publié le par jean-paul Revauger

Communiqué 6 avril 2009

Il faut savoir arrêter un blocage.

Maurice Thorez, qui ne passait pas pour un suppôt du patronat,  disait « il faut savoir arrêter une grève ». On peut se demander si le moment n’est pas venu de mettre un terme au blocage de l’université.

 

  1. Pour ce qui est de la mastérisation du capes, il semble que la question des reçus / collés soit réglée si c’est bien le succès au concours qui conditionne l’obtention du M1 « éducation » et l’accès au M2. Les collés seront collés à la fois au concours et au master, et les reçus auront donc à la fois le grade et le titre. .
  2. Par ailleurs, l’entrée dans le métier ne suivrait pas immédiatement le succès au concours, mais les lauréats consacreraient donc une année au M2. Concrètement, il faudra donc leur proposer une formation équilibrée, comprenant des stages et des enseignements de didactique indispensables pour leur futur métier, mais aussi de la formation disciplinaire, en particulier pour ce qui est du mémoire. Il faut donc négocier avec l’IUFM.
  3. Certes, il ne semble pas qu’il y ait d’évolution sur le contenu du concours, que le Ministère souhaite essentiellement axé sur les aspects professionnels. Il est tout à fait improbable que les universités « littéraires » obtiennent gain de cause sur ce point. En effet, de nombreux acteurs sont sur une position diamétralement opposée à leur point de vue dans ce domaine (les IUFM, les corps d’inspection par exemple), d’autres sont peu mobilisés sur ce problème (les universités scientifiques, les syndicats du secondaire), et les syndicats du supérieur sont tiraillés entre logiques différentes.
  4. Pour ce qui est du statut des enseignants chercheurs, le problème de fond, celui de la LRU et des pouvoirs octroyés à l’échelon local, ne peut être réglé que sur le plan politique.  L’évaluation de la recherche se fera au plan national, dans les différentes disciplines, ce qui est non  seulement acceptable mais souhaitable : les chercheurs de CNRS sont évalués très régulièrement par leurs pairs, et cela ne pose pas de problème. La modulation des services sera décidée à l’échelon local, ce qui reste problématique, mais, dans les faits ne s’appliquera  que dans les universités qui le souhaitent.

 

Le blocage, aujourd’hui, ne permettra pas d’obtenir des avancées, mais met en péril non seulement l’année universitaire et la carrière des étudiants inscrits, mais l’institution elle-même. L’engagement, l’esprit civique et la sincérité des étudiants bloqueurs ne font aucun doute.  Il est vivement souhaitable que cet engagement perdure, sur le moyen et le long terme, et que cette génération régénère la réflexion voire la politique de notre pays. Toutefois, les AG du mouvement regroupent au maximum 10% des étudiants, et l’esprit de sacrifice personnel dont font preuve les bloqueurs ne leur donne pas forcément le droit de faire perdre l’année à la totalité  des étudiants. Ceci est encore plus vrai des enseignants chercheurs bloqueurs, dont le mouvement fait prendre des risques inconsidérés … aux étudiants.  Sur le plan institutionnel, les universités doivent jouer leur rôle, et former sérieusement les étudiants, c’est leur seule raison d’être. Pour que l’année puisse être validée, il est impératif que les cours reprennent le plus vite possible, que les semaines perdues soient rattrapées, au moins en partie, et donc que le blocage cesse.

 

Les causes profondes de la crise ne disparaitront pas d’elles mêmes, quelle que soit l’issue du mouvement et des négociations. Les enseignants chercheurs connaissent un profond sentiment de déclassement, dû à la fois à plusieurs décennies d’érosion salariale et à l’absorption des meilleurs élèves du secondaire par les classes préparatoires et les écoles, grandes ou moins grandes. Les étudiants voient s’effondrer devant eux l’économie mondiale et les perspectives d’emploi. Les deux réformes en cause sont fondées sur les principes du conservatisme et du néo-libéralisme : réduction des coûts de la fonction publique, enfermement des enseignants dans une fonction purement technicienne, renforcement des prérogatives managériales des présidents d’université, adoption par le secteur public de méthodes de gestion du personnel et des finances publiques venues du privé, recours obsessionnel à  l’évaluation. Il n’est donc pas étonnant que, dans le contexte actuel, où ces principes ont sombré avec le système socio économique auquel ils étaient liés, ces réformes n’aient aucune légitimité. Le chemin de la reconstruction des services publics sera long, et il passe non seulement par la mobilisation intellectuelle, voire militante, mais aussi par le retour à un bon fonctionnement de l’institution universitaire, et donc par la suspension du blocage et la délivrance des diplômes.

 

Jean Paul Révauger,

 

 

6 Avril 2009.

 

 

Communiqué 10 avril 2009.

 

La motion du "comité de mobilisation", proposée au vote mercredi, proposant de dupliquer les notes du premier semestre au second semestre et d'accorder l'année sur cette base n'est pas acceptable.

 

1. Il est totalement illégal de donner deux semestres sur la base du travail et des évaluations effectuées pendant un seul semestre. Il y a en outre compensation entre les semestres. Il n'y a aucune chance que le recteur  l'accepte.

 

2. Cette seule proposition donne une piètre image de l'université, qui se proposerait de brader ses diplômes. En cas d'affrontement avec le recteur, l'effet sur l'opinion sera désastreux. On ne peut que s'étonner du fait que certains collègues se soient déjà répandus sur les ondes en considérant que la motion est ... déjà votée, alors qu'elle a, lundi, reçu le soutien de 80 personnes en tout et pour tout, sur plus de  700 personnels de l'université.

 

3. Cette motion nous conduit directement à une situation où nous ne délivrerons pas les diplômes cette année. Ce sera dramatique pour nos étudiants, mais aussi pour l'université, car cela provoquera d'une part une chute des inscriptions et d'autre part une réduction de nos financements publics, qui sont maintenant fonction du nombre de diplômes délivrés.

 

4. La seule solution est de mettre fin au blocage, de rattraper une partie des cours, et d'organiser des examens portant sur le 2ème semestre. La poursuite du blocage mettrait l'université à genoux pour de nombreuses années.

 

5. Les demandes de remboursement de frais d'inscription, et de remboursement des frais encourus par les étudiants Erasmus affluent déjà. Au pire, nous allons devoir rembourser tous les étudiants.

 

6.  Avant de retenir des propositions aussi irréalistes que cette motion, l'université doit consulter à bulletin secret la totalité des personnels et des étudiants. Une minorité de collègues ne doit pas conduire l'université au suicide. Les AG sont des instruments de mobilisation, et  ne représentent pas un mode de fonctionnement normal et démocratique pour l'institution.

 

7. En tout état de cause, les seules structures légales habilitées pour prendre une décision sont les conseils régulièrement élus, cevu et ca. La décision de l'AG sera purement symbolique, et nulle d'un point de vue juridique. On peut espérer que, au cas où cette motion suicidaire serait acceptée par l'AG de mercredi,  les conseils, représentatifs de l'ensemble de la communauté, réguliers et légaux, seraient  dûment convoqués pour délibérer.

 

 

 

 

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